Les différences entre Rite Français et R.E.A.A. : quelles sont-elles ? d’où proviennent-elles ? Comparaison et analyse.
Le Rite Français et le R.E.A.A. sont les deux rites maçonniques les plus pratiqués en France. Le premier est le plus ancien : il est la version française du rite de la Grande Loge de Londres importé à Paris dès les années 1720. Il a été plusieurs fois révisé.
Quant au Rite Ecossais Ancien et Accepté (R.E.A.A.), il a été élaboré aux Antilles à partir des années 1760 et officiellement fondé en 1801 à Charleston (États-Unis). Il a la particularité de comporter 33 degrés, dont les 30 derniers sont administrés par des « Suprêmes conseils ».
De nos jours, le Rite Français est pratiqué entre autres au Grand Orient de France, première obédience française. Le R.E.A.A. est surtout pratiqué à la Grande Loge de France et au Droit Humain.
Ces deux rites présentent des différences assez marquées : alors que le Rite Français a progressivement évacué l’idée d’un « principe créateur », le R.E.A.A. fait encore aujourd’hui référence au Grand Architecte de l’Univers. Au R.E.A.A., la Bible reste présente sur l’autel des serments et certaines notions religieuses subsistent.
De manière générale, le Rite Français privilégie la simplicité et la sobriété des rituels. L’accent est mis sur la tolérance, la liberté de conscience et l’humanisme. Les rituels sont centrés sur l’éthique et la morale. A l’inverse, le Rite Écossais Ancien et Accepté est connu pour la richesse de ses rituels et de son symbolisme ésotérique, proposant une recherche spirituelle plus poussée.
Voici donc les différences entre Rite Français et R.E.A.A.
Les différences entre Rite Français et R.E.A.A.
La première différence visible concerne le plan des loges :
- au R.E.A.A., le pilier Boaz est situé à gauche en entrant, alors qu’il est présent à droite au Rite Français, et inversement pour le pilier Jakin. Cela s’explique par une différence d’interprétation du chapitre 7 du Premier Livre des Rois,
- les apprentis (colonne du nord) et les compagnons (colonne du sud) occupent la même place aux deux rites, mais ça n’est pas le cas pour les surveillants, lesquels sont situés en bout de colonne au Rite Français alors qu’ils sont situés côté opposé à leur colonne au R.E.A.A.
D’autre part, si les mouvements se font dextrorsum dans les deux rites, l’entame de la marche se fait pied droit au Rite Français alors qu’elle se fait pied gauche au R.E.A.A.
Une autre différence notable concerne la batterie :
- elle se fait par deux coups brefs suivi d’un coup long au Rite Français,
- elle se fait par trois coups réguliers au R.E.A.A.
Par ailleurs, la couleur des cordons et sautoirs varie :
- au Rite Français, le bleu ciel domine, en référence aux couleurs des anciens ordres de chevalerie anglais et français, notamment l’Ordre du Saint-Esprit,
- au R.E.A.A., le bleu foncé et le rouge dominent dans une volonté de se démarquer du Rite Français, le rouge ayant été adopté en référence à l’Ordre de la Légion d’Honneur.
D’autre part, les loges des trois premiers degrés sont dites « loges bleues » au Rite Français alors qu’on préfère le terme de « loges symboliques » au R.E.A.A.
Les différences au grade de compagnon
Au grade de compagnon, des différences entre Rite Français et R.E.A.A. existent aussi.
Au Rite Français, le signe d’ordre consiste à placer la main droite sur le coeur ; il en va de même au R.E.A.A., mais ce geste est complété du bras gauche levé en équerre, main au niveau de la tête.
Autre exemple, les cinq voyages varient d’un rite à l’autre :
- au R.E.A.A., ce sont successivement : les Cinq sens, les Ordres d’architecture, les Arts libéraux, les Grands initiés ainsi que Gloire au Travail,
- au Rite Français, ce sont : Les sens, les Arts, les Sciences, les Bienfaiteurs de l’humanité et la Glorification du travail,
- les outils associés varient aussi légèrement.
Enfin, le symbole majeur au Rite Français est la lettre G, alors que le R.E.A.A. insiste sur l’Etoile flamboyante prise dans son ensemble, lettre G incluse.
Conclusion
Les différences entre Rite Français et R.E.A.A. rappellent la querelle historique des Moderns et des Ancients, les premiers étant les héritiers de la franc-maçonnerie anglaise passée en France, les seconds (Irlandais, Ecossais), bien que plus récents, étant soucieux de s’inscrire dans la tradition médiévale des Old Charges.
Il en ressort des rites différents, de la simplicité positiviste et humaniste du Rite Français à la complexité ésotérique et spiritualiste du R.E.A.A.
Ainsi, entre modernisme et traditionalisme, chacun peut s’épanouir et progresser en franc-maçonnerie selon sa sensibilité.
Pour aller plus loin :
Modif. le 25 février 2025